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2.09.16

Blockchain et finance : ni mirage ni réalité

Christophe Van Cauwenberghe, Responsable innovation paiements, parle du blockchain (article publié initialement ici).
 
Christophe Van Cauwenberg
 
Jamais un sujet n’aura autant passionné le monde de la finance, ouvrant des discussions à tous les niveaux avec des Fintechs qui ont absorbé depuis 2013 environ 1,6 milliards de dollars d’investissements en capital risque (*). Pourtant, malgré une concentration impressionnante de matière grise pour imaginer les usages de cette technologie, aucune application évidente n’a encore émergé à ce stade car la blockchain n’a pas été conçue à l’origine pour l’industrie financière.
 
Le Bitcoin et ses clônes, assimilés par leurs aficionados à de l’or numérique, sont des crypto-jetons dont les règles d’émission, d’échange, de traçabilité et de sécurité sont régies par un code informatique évoluant sous le contrôle d’une communauté. Leur valeur ne repose que sur la cotation très volatile de plateformes d’échange. C’est encore une jungle dans laquelle les banques ont pour l’instant un intérêt limité à se trouver.
 
Aucun gouvernement n’ayant l’intention d’utiliser des crypto-jetons dont il ne contrôle ni l’émission ni la convertibilité pour recevoir les impôts ni payer ses fonctionnaires et ses fournisseurs, les monnaies classiques restent au centre du jeu même si quelques banques centrales étudient l’émission de crypto-monnaies pour remplacer progressivement les billets de banque, une disruption dont les impacts macro-économiques restent à mesurer. Si cela arrive, le monde économique s’y adaptera.
 
Marier ces nouveaux concepts de blockchain avec le monde financier nécessite de faire évoluer les technologies sous-jacentes afin qu’elles soient capables d’absorber les contraintes des activités financières, en particulier les niveaux de performances et de confidentialité ainsi que les nombreuses données règlementaires à traiter. Il n’y a pas encore de certitude à ce jour que l’effort à consentir n’aboutisse à un système financier plus léger car il y a un dilemme à résoudre. Soit la blockchain s’affranchit de ses attributs les plus lourds comme le moteur de consensus pour tendre vers une base de données répliquée, résiliente mais pas nécessairement plus efficace ni moins coûteuse qu’un système centralisé. Soit elle conserve sa génétique originale mais doit alors cohabiter avec des systèmes d’informations classiques ce qui n’augure en rien une espérance de réduction de leur complexité.
 
La notion intéressante de smart-contract qui prend essor avec Ethereum est in-fine un moteur de transactions programmables. C’est bien une programmation défaillante qui a mené au piratage de la campagne de crowdfunding « the DAO ». Cela démontre qu’il y a encore de la maîtrise à acquérir pour en dominer les risques.
 
Pour toutes ces raisons la blockchain doit encore évoluer pour atteindre la maturité nécessaire à l’industrie financière. Elle suscite encore beaucoup d’espoirs mais autant d’interrogations quand à sa capacité à s’infuser dans des applications cœur de métiers. C’est tout l’intérêt des expérimentations et des partenariats avec les fintechs qui visent à lui faire subir l’épreuve du feu des contraintes bancaires et apprendre à la maîtriser dans un contexte coopératif ou privé pour prouver que la technologie est capable de concevoir des systèmes transactionnels plus efficaces, moins coûteux et plus résilients. Cette preuve reste à apporter à ce jour mais la technologie évolue vite donc il faut rester optimistes. Ayons à l’esprit que cela prendra du temps.
 
(*) Source : coindesk

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